19 juillet 2016

La vie sociale du n3rd

Source image salemoment.tumblr.com
Emporté par ma passion pour mon travail et pour ma famille, j'ai progressivement, et sans m'en rendre compte, coupé les ponts avec la société "normale". Plus exactement, je ne tisse pas beaucoup de liens avec les personnes que je rencontre dans la vie de tous les jours : je ne participe pas à la fête des voisins, je ne sors pas le soir avec des collègues, je ne pousse pas très loin les relations qui se créent dans mes activités diverses : aviron, conseil municipal, etc.

J'aime passer mon temps libre dans mon bureau, à tester des logiciels, à monter et démonter des ordinateurs, à configurer des systèmes d'exploitation. J'aime aussi beaucoup lire de la science-fiction, surfer sur internet en rebondissant de sites en sites au gré de mes envies. J'aime apprendre, la physique me fait rêver, en particulier l'espace et ses mystères.

Difficile dans ces conditions de trouver quelqu'un avec qui partager.

Sans être misanthrope, je suis plutôt un handicapé social : je deviens un ours taiseux lorsque je suis dans un groupe d'humains, alors que je peux être extrêmement bavard si je rencontre une personne "réceptive" à mes passions...  Lorsque j'ai découvert la série Dexter, j'étais fasciné par la psychopathie du personnage principal, au point de vérifier (sur internet) que je n'en avais pas les symptômes précurseurs...

J'ai plutôt l'impression d'avoir régressé au stade pré-adolescent... Je n'ai pas/plus les codes qui me permettent de communiquer avec les autres dans la société.


Premier exemple : les vêtements.

Depuis ma tendre enfance, je cherche une tenue passe-partout pour ne pas me faire remarquer. J'ai la hantise d'être ridicule. Jeune, j'étais très intéressé par la science ET par les filles, MAIS pas par les vêtements. J'ai découvert très récemment que les chemises à manches courtes (les chemisettes) faisaient l'objet d'une fatwa, alors que je pensais bêtement qu'il s'agissait de chemises d'été. Je suis capable de mettre des chaussettes dans des chaussures bateaux, uniquement parce que cela me fait moins mal aux pieds... J'ai du mal à assortir les couleurs convenablement, j’achète les jeans par trois pour minimiser la corvée d'essayage dans les magasins...

Bref, j'ai résolu le problème en adoptant quelques tenues "types" discrètes et passe-partout, validées par mon épouse qui a bien du mérite. Un peu comme John Gray dans le film "9 semaines 1/2" (et oui, ma femme est aussi belle qu'Elizabeth McGraw !).


Deuxième exemple : les rencontres Twitter.

Pour garder le contact avec les humains, les informaticiens ont développé un outil fantastique qui s'appelle internet. Une interconnexion de réseaux informatiques qui permet de relier entre eux tous les types de terminaux, quelques soient leurs connecteurs et leur système d'exploitation. Et sur ces terminaux s'exécutent des applications (que l'on appelait auparavant des "programmes", et que certains appellent, par glissement sémantique, des "algorithmes"). Parmi les applications qui relient les humains (les réseaux sociaux), celle que j'utilise principalement est Twitter.

A mes débuts sur Twitter, j'ai fait beaucoup d'expériences pour tester l'application, son fonctionnement technique, mais aussi les interactions qu'elle permet, et le monde underground qu'elle génère. J'ai même tout cassé en 2012 en me trompant de compte lors de mon test d'achat de followers (lire ce billet). Aujourd'hui, je me contente de lire les tweets des influenceurs que j'ai sélectionnés, je retweete les tweets qui me semblent intéressants et je tweete (très peu) les liens que je souhaite partager.

Twitter permet de créer des interactions qui n'auraient presqu'aucune chance d'arriver dans la vie réelle. J'ai pu échanger quelques caractères avec des personnes que j'aurais eu beaucoup de mal à approcher IRL. Puis, petit à petit, j'ai rejoint, en observateur, plusieurs communautés de twittos que j'apprécie.

Un jour, l'une de ces communautés a organisé une rencontre IRL : la rentrée Saoulennelle, réservée aux juristes. J'ai réussi à m'y faire accepter et j'ai pu m'y rendre les deux fois où elle a été organisée. Moi qui n'ai pas connu les grandes heures de Paris Carnet... Cela a été pour moi deux occasions de rencontrer en chair et en os des personnes dont j'apprécie sur Twitter la vivacité d'esprit, l'intelligence, la tendresse ou alors la truculence : @MaitreMo (et sa charmante femme), @Maitre_Eolas, @judge_marie (et son charmant mari @maitreTi), @Tinkerbell_ring, @jugedadouche, et plein d'autres.

Mais tant d'esprits brillants, pour mon esprit d'escalier et ma timidité naturelle, c'est assez troublant et gênant. Je ne suis pas un fin bretteur de la langue française, ni un esprit brillant en société sur les sujets d'actualité. Vous ne verrez mon œil s'éclairer que sur des sujets abscons n'intéressant personne ou si peu. Au point que quand une personne s'adresse à moi, je me demande "suis-je un fat, ou serait-il vrai qu’elle a du goût pour moi" ? Si vous ajoutez à cela le fait que j'ai le tutoiement difficile, la casquette facile, un phrasé lent sinon amphigourique, et un grand corps maladroit, vous comprendrez le piteux spectacle que je donne en brillante société.


Finalement

Les années passent et je ne m'en sors pas si mal. Je suis heureux comme ça et je pense donner un peu de bonheur autour de moi. Mes enfants ne me détestent pas trop (même s'ils ont plus de lucidité sur leur père maintenant qu'ils sont grands), mon épouse me supporte et je fais des efforts de sociabilisation.

Peut-être ne suis-je pas un n3rd authentique, mais un "quitenerd", car si j'ai sans doute la nostalgie de ma période "enfant roi", je sais donner du temps aux autres et m'intéresser à eux. Mon métier de directeur informatique et technique en est la meilleure preuve, ainsi que mon activité de conseiller municipal.

J'évacue mon côté n3rd sur ce blog qui me sert de défouloir pour parler des choses qui m'intéressent et pour pouvoir faire mon intéressant, discrètement.

Zythom.qn

07 juillet 2016

Dans la peau d'un nerd

Depuis de nombreuses années, je me considère plus comme un nerd que comme un geek.

Extrait de la page Wikipedia consacrée à la définition de nerd :
Un nerd est, dans le domaine des stéréotypes de la culture populaire, une personne solitaire, passionnée voire obnubilée par des sujets intellectuels abscons, peu attractifs, inapplicables ou fantasmatiques, et liés aux sciences (en général symboliques, comme les mathématiques, la physique ou la logique) et aux techniques - ou autres sujets inconnus aux yeux de tous.

Apparu à la fin des années 1950 aux États-Unis, le terme est devenu plutôt péjoratif, à la différence de geek. En effet, comparé à un geek qui est axé sur des centres d'intérêts liés à l'informatique et aux nouvelles technologies, un nerd est asocial, obsessionnel, et excessivement porté sur les études et l'intellect. Excluant tout sujet plus commun ou partagé par ses pairs académiques, il favorise le développement personnel d'un monde fermé et obscur. On le décrit timide, étrange et repoussant.

Je dois dire que cette définition me correspond plutôt bien.

Aussi loin que remontent mes souvenirs, j'ai toujours été attiré par les sciences en général et par l'informatique en particulier. Je garde un souvenir brûlant d'un exposé en classe de seconde sur un sujet libre et où j'ai présenté avec passion le principe de fonctionnement d'un Tokamak. Non pas que je comprenais grand chose à ce que je présentais, mais que je puisse avoir l'idée de faire cette présentation à ma classe et, en plus trouver cela passionnant, a sidéré mes camarades et ma professeure de physique.

J'adorais lire des articles du magasine "Pour La Science" auquel j'étais abonné et dont j'attendais avec impatience l'arrivée dans la boite aux lettres familiale. J'étais passé maître dans l'art du démontage des appareils électroniques (y compris des postes de radio à tubes, oui, j'ai plus de cinquante ans...). J'aimais beaucoup les énigmes de mathématique et en particulier les paradoxes. Je faisais des expériences de chimie dans ma chambre (et ma moquette s'en est longtemps souvenue, surtout dans ma période "feu de Bengale"...).

Personne ne pouvait rivaliser avec moi dans la création de programmes de moins de cinquante "pas" capable de tenir dans ma calculatrice programmable TI-57. C'est ainsi que j'ai découvert la programmation (j'en parle dans ce vieux billet). De nerd, je suis devenu n3rd...

Bien entendu, j'étais obligé d'avoir une double vie : solitaire et secrète chez moi, et sociale à l'école. Car malgré tout, j'étais intégré dans la vie sociale, et j'étais me semble-t-il plutôt populaire. Pourtant, j'avais un réel défaut : j'étais à la recherche de l'Amour et de l'Amitié, façon chevaleresque.

Pour l'Amour, j'ai eu la chance de rencontrer la femme de ma vie, et elle me supporte (dans les deux sens du terme acceptés maintenant) depuis 23 ans.

Pour l'Amitié, je dois avouer que je n'ai jamais rencontré quelqu'un avec qui vivre une relation comme celle qui liait Montaigne et La Boétie.

La Boétie : "L’amitié, c’est un nom sacré, c’est une chose sainte : elle ne se met jamais qu’entre gens de bien et ne se prend que par mutuelle estime, elle s’entretient non pas tant par bienfaits que par bonne vie. Ce qui rend un ami assuré de l’autre, c’est la connaissance qu’il a de son intégrité : les répondants qu’il en a c’est son bon naturel, la foi et la constance. Il ne peut y avoir d’amitié là où est la cruauté, là où est la déloyauté, là où est l’injustice"

Montaigne : "Au demeurant, ce que nous appelons ordinairement amis et amitiés, ne sont qu’accointances et familiarités nouées par quelque occasion ou commodité par le moyen de laquelle nos âmes s’entretiennent [NdZ: Facebook n'existait pas encore!]. En l’amitié de quoi je parle, elles se mêlent et se confondent l’une en l’autre, d’un mélange si universel qu’elles s’effacent et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes. Si l’on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu’en répondant : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi ». 5Il y a, au-delà de tout mon discours et de ce que je puis dire particulièrement, je ne sais quelle force inexplicable et fatale médiatrice de cette union. Nous nous cherchions avant que de nous être vus et par les rapports que nous oyions l’un de l’autre qui faisaient en notre affection plus d’efforts que ne le porte la raison des rapports, je crois par quelque ordonnance du ciel ; nous nous embrassions par nos noms. Et à notre première rencontre, qui fut par hasard en une grande fête et compagnie de ville, nous nous trouvâmes si pris, si connus, si obligés entre nous que rien dès lors ne nous fut si proches que l’un à l’autre."

Quand j'ai fait le constat, à table devant mes enfants, que personne ne traverserait la France pour moi en cas de problème grave (ou moi pour lui ou elle), qu'en fait je n'avais pas de véritable ami, ils m'ont répondu en chœur :
"prend un Curli".

Au moins, ça m'a fait sourire ;-)



Dans le prochain billet, je vous parlerai de la vie sociale du n3rd, façon Zythom.