25 octobre 2017

Un peu de moi

Comme beaucoup d'entre vous, je traverse en ce moment des épreuves douloureuses dans ma vie professionnelle, comme dans ma vie personnelle. Des ascenseurs émotionnels importants...

Cela m'amène à regarder derrière moi, à faire le point sur le chemin parcouru. et je déteste ça ! J'ai une phobie un peu particulière : je n'aime pas regarder les albums photos. L'idée de me souvenir d'une période passée, même heureuse, surtout heureuse, partie à jamais, me déprime. Je suis résolument tourné vers le futur. J'aime imaginer les progrès de l'avenir, les nouveautés, les inventions, relever les défis, les problèmes à venir...

Mais parfois, il faut bien regarder en arrière.

Je m'entête à tenir ce blog, qui m'a apporté beaucoup d'ennuis et d'inimitiés, mais aussi quelques belles rencontres, et quelques fiertés. Lorsque j'ai ouvert ce blog, l'univers des blogs était déjà bien installé, mais encore plein de fougue. Depuis, beaucoup de blogs que je connaissais ont fermé, ou ont évolué vers des modèles différents. Je dois aussi reconnaître que beaucoup de blogs ont ouvert et que jamais autant de monde n'a publié, lu ou échangé grâce à internet que depuis ces dernières années.

Alors pourquoi suis-je toujours là, à bloguer sur moi-même ?

J'écris sur ma vie personnelle. Ce blog est un peu un journal intime en ligne (un journal "extime"). Ma vie personnelle, en paraphrasant un peu Desproges, est intéressante, enfin surtout pour ma famille et mes amis. Surtout pour moi. Quand je vis une situation émotionnellement forte, j'ai besoin de mettre des mots dessus pour canaliser mes émotions. Mais pour éviter de submerger mes proches (qui ont déjà bien du mérite à me supporter), j'ai choisi de mettre ces mots par écrit. Et la plupart du temps, ces mots finissent par être publiés dans un billet, pour qui voudra bien les lire.

Je n'écris pas pour convaincre. J'ai d'ailleurs peu donné mon avis ici pendant les dernières élections, alors que les sujets sociétaux abordés (ou pas) me passionnent. Bien malin celui ou celle qui sait pour qui j'ai voté. Beaucoup seraient surpris, certains déçus, d'aucuns s'en foutent...

J'écris le soir, quand les enfants (ou plutôt celui qui est encore entre nos murs ;-) sont couchés et font semblant de dormir. J'écris des "rapports d'étonnement" sur des histoires que j'aimerais que mes petits enfants lisent en se disant "woua, pépère Zythom a vécu des drôles de trucs !"... (quand j'ai dit à ma femme que ça me ferait bien rire si mes futurs petits enfants m'appelaient pépère, j'ai du la mettre en PLS...)

Quand je regarde les dernières années écoulées, voire les derniers mois, je vois un grand adolescent de 54 ans qui peine à devenir adulte. J'ai toujours les yeux qui brillent quand je commande un nouvel écran et une alim (de gamer) pour mon fils. J'aime préparer mes cours et faire le show en amphi devant les étudiants. J'ai le cœur qui s'emballe quand je reçois un scellé ou un dossier judiciaire à étudier.

Mais j'ai la nostalgie du "tout est possible" de ma jeunesse.

Quand je regarde derrière moi, je ne vois pas l'homme de 53 ans, ni celui de 52 ans ou de 51 ans. Non, je vois l'homme de 30 ans qui démarrait une nouvelle vie dans une nouvelle ville, au bras d'une jeune épousée. TOUT était possible.

Alors maintenant que j'ai bien avancé sur le chemin-dont-on-connait-la-fin, plutôt que de regarder les possibles qui ne se sont pas (encore) réalisés, ou le manque d'énergie qui m'anime pour ranger mon bureau, je préfère continuer à regarder l'avenir et imaginer des lendemains qui chantent :
- Le wifi est mort ? Vive le wifi ! Je suis en train de repenser complètement mon défunt réseau Wifi domestique (billet à venir).
- J'ai des défis professionnels à relever : faire beaucoup plus avec plus (je recrute !)
- Le deep learning revient en force ! Pourquoi ne pas essayer de comprendre et se lancer à mon niveau dans un petit coin du sujet ?
- Ce blog tourne en rond, rendons le carré ! Et si je sortais le tome 7 ?

Je m'encrasse.
J'ai besoin de faire les poussières.
De me sortir les mains des poches.
De prendre des risques.
TOUT est encore possible..
Pourvu que ça dure ;-)

Bon, je vous laisse, j'ai un bureau à ranger.

20 octobre 2017

Terminologie

J'ai été élevé dans l'amour de la langue française, et dans sa théurgie opératoire qu'est la dictée. Les années ont passé, et avec elles, ma maîtrise de l'orthographe et de la grammaire.

C'est pourquoi, lorsque j'ai publié ce blog sous forme de livres gratuits (sans DRM), j'ai demandé de l'aide auprès de ma mère institutrice.

Un jour, en installant un dictionnaire sous LibreOffice, j'ai vu apparaître une version "réforme de 1990". Je me suis renseigné (essentiellement sur cette page), et depuis le tome 2 (paru en 2012), j'essaye de tenir compte de l'évolution de la langue française.

Mais les pièges sont nombreux et il m'est souvent difficile d'éviter une cacographie, surtout en travaillant dans le domaine de l'informatique : doit-on dire "la wifi" ou "le wifi", faut-il reprendre quelqu'un qui parle de "cryptage" quand il ne parle pas de mise en crypte

Je vais prendre l'exemple qui me parle le plus : l'utilisation du mot "digital". Dans mon souvenir, la première fois où j'ai vu ce mot mal utilisé, c'était sur une affiche publicitaire "Orange - La Révolution Digitale". J'étais stupéfait de voir une énormité pareille s'étaler en 4x3.

J'écris ceci pour ma mémoire et celle de mes (petits)enfants. J'ai connu une époque où le mot "digital" était simplement un adjectif associé au substantif doigt (exemple : empreinte digitale). C'est également un mot anglais qui signifie : "Digital usually refers to something using digits, particularly binary digits."

Et comme tout le monde le sait, "digits" ce sont les chiffres. Ça vient d'ailleurs du latin "digitus", qui veut dire "doigt".

Mais alors, "révolution digitale", ça veut dire "révolution des doigts" ?
Oui.

Mais on compte bien sur les doigts ?
Oui.

D'ailleurs les anglais utilisent le même mot "digit" pour doigt et chiffre.
Oui.

Finalement, "révolution digitale", c'est la révolution des chiffres ?
Moui.

Et aujourd'hui, les chiffres, on les manipule surtout avec des ordinateurs ?
Mmmmoui

Alors, "révolution digitale" et "révolution numérique", c'est pareil, non ?
Rrrrrhaaaaaaaa

Et donc l'univers marketing s'est emparé de l'univers numérique pour en faire un univers digital, parce que, Coco, l'angliche, ça sonne mieux. Au début, ça fait un peu mal, mais après ça glisse (tiiiitre!).

Les années ont passé, et maintenant, c'est moi qui passe pour un vieux con au boulot parce que j'ai osé faire une remarque sur le sujet à quelqu'un. Ça m'a quand même fait réfléchir : est-ce un combat qui vaille la peine d'être mené ?

J'ai pesé le pour et le contre. J'ai eu un flash sur les grammar nazis, ceux qui interviennent dans une conversation pour corriger une typo... Je me suis vu en train de rager à chaque fois que quelqu'un utilise le mot digital en lieu et place de numérique. Je me suis dit que c'était de l'énervement mal placé, qu'il fallait que je sois au dessus de ça pour me concentrer sur le contenu, plus que sur la forme.

Donc, je suis en train d'apprendre à accepter l'utilisation du mot "digital" imposée par le marketing. Il me reste à accepter "au jour d'aujourd'hui", "cryptage", "darkweb", "malgré que", "autant pour moi" et tant d'autres. Il en va de ma plasticité synaptique autant que de ma tranquillité d'esprit.

Vous pouvez réviser votre goétie et me faire part de votre désapprobation en commentaire ;-)


10 octobre 2017

Tu ne seras pas un hacker mon fils !

Je suis l'heureux papa de trois enfants, qui sont maintenant grands. Il est loin le temps où j'écrivais ce billet sur l'ouverture du Skyblog de ma fille...

L’aînée est maintenant en cinquième année de médecine, la puînée en deuxième année d'école de commerce. Et le troisième entre cette année au lycée. J'ai donc encore un ado à la maison :-)

J'ai essayé d'élever mes enfants de mon mieux. Je les ai accompagné à l'école, d'abord jusque devant la grille, puis lâchés une centaine de mètres avant. Je les ai encouragé lors de leurs activités sportives et culturelles. J'ai essayé de leur transmettre des valeurs.

Enfin, pour dire la vérité, j'ai surtout été l'assistant de mon épouse qui a encaissé l'essentiel de la charge mentale de l'organisation familiale... Mais bon, au moins j'ai été présent. Je le suis toujours.

Mon rôle principal est d'être le "scientifique" de la cellule familiale, en charge plus particulièrement des outils numériques : ordinateurs, sauvegardes, réseau, accès internet, messageries, imprimante partagée, scanner, stockage partagé, protection de la vie privée, sécurité, dépannage, récupération de données, wifi, DHCP, DNS non menteurs, consoles de jeux, etc.

Concernant le suivi des leçons, je suis le mauvais flic du couple (au sens de la stratégie bon/mauvais flic), celui dont on craint le levé de sourcil en cas de mauvaise note. Curieusement, aucun de mes enfants n'aime me demander de l'aide pour expliquer un point obscur du cours de maths, ou de physique, ou d'anglais, ou de science de la vie : "En fait, tu expliques trop longtemps. Nous, on veut juste la réponse au problème, toi tu nous expliques toute la théorie en vérifiant qu'on a tout compris... C'est lourd."

Être passionné n'a pas que des avantages ;-)

C'est pourquoi je me suis fait une raison depuis longtemps sur le fait qu'aucun de mes enfants ne sera passionné par ce que j'aime : l'informatique.

Pourtant, hier soir, mon fils m'a dit à table la chose suivante :
"Papa, tu peux m'expliquer la carte mère ?"
Moi: "..."
Lui: "Parce que mon copain, il m'a dit que pour être encore meilleur en jeux vidéo, il faudrait que je passe sur ordinateur plutôt que sur console, et que je démonte mon ordinateur pour le bidouiller. Tu es d'accord pour m'aider ?"

Dans ma tête, il s'est passé une sorte d'explosion nucléaire. Mon cœur s'est arrêté de battre, puis s'est emballé à 200 bpm. Mes mains sont devenues moites. J'ai vu un de mes enfants accéder au Graal, devenir le maître du monde, et régner sur les sans-dent-bleue. Enfin, la chair de ma chair allait aider HAL et le Maître Contrôle Principal à surmonter leur inhumanité pour rejoindre Andrew, l'homme de 200 ans.

J'ai croisé le regard de mon épouse qui rayonnait de bonheur pour moi.

C'est pourquoi ma réponse a jeté un froid glacial : "Non".

Mon visage est resté fermé. Avais-je entrevu l'immensité de la tâche qui reste à accomplir pour accéder au sommet de ma discipline ? Ou le visage écrasant de l'informatique omniprésente dans nos vies plus-vraiment-privées ? Allais-je laisser mon innocent de fils participer aux débauches numériques qui s'annoncent dans tous les objets qui vont nous encercler ?

NON.

J'ai laissé quelques secondes s'écouler. Mon épouse m'a regardé avec un regard navré. Mon fils était en plein désarroi.

Je venais de réussir ma plus belle "blague de père" de la semaine.

En effet, dans ma famille, les pères ont un humour extraordinaire, mais qui ne fait rire qu'eux-même. Le coup de klaxon dévastateur devant la grille du collège. Le jeu de mots subtil devant les ami(e)s des enfants. Bref, ce qu'on appelle dans notre petit cercle, une "blague de père".

KrkrkrkrkrKRKRKRKR
hahahahaHAHAHAHA (risus sardonicus)

ÉVIDEMMENT, c'est avec une immense fierté que je vais apprendre à mon fils à démonter son ordinateur, à l'améliorer, à le bidouiller, à le hacker.

Tu seras un hacker, mon fils !

04 octobre 2017

Pour dévoiler le visage et embrasser le genou de Thémis

Je reçois régulièrement, comme beaucoup d'entre vous, des emails d'appel à l'aide, d'une veuve éplorée, cherchant en général à transférer des fonds d'un pays lointain vers la France, et demandant mon aide. Ces emails sont en général dirigés automatiquement vers mon dossier SPAM et je n'y prête pas attention. Il s'agit de fraudes dites "419", et Vidocq en parlait déjà au XVIIIe siècle dans son ouvrage "Les Voleurs" sous l'appellation de "Lettres de Jérusalem".

De temps en temps, mon filtre antispam laisse passer dans ma boite principale ce type de message, que je lis rapidement avec circonspection.

Cette fois le message que j'ai sous le yeux est différent et l'appel à l'aide à l'air sérieux. Il s'agit d'une femme désespérée pour qui je serais le dernier recours dans une affaire judiciaire.

Je suis souvent sollicité par l'intermédiaire de ce blog, mais comme je l'indique sur ma page "Contact", je n'accepte d'intervenir dans un dossier privé que par l'intermédiaire d'un avocat. Je rédige donc ma réponse type habituelle, ce qui suffit en général à clore le débat.

Quelques jours plus tard, je reçois pourtant un email issu d'un cabinet d'avocat français confirmant les propos de l'appel à l'aide de ma mystérieuse correspondante. Diantre.

Je demande plus d'informations, et que les pièces du dossier me soient envoyées. L'avocat me prévient qu'il s'agit d'un dossier pro bono, c'est-à-dire que la personne n'a pas les moyens financiers de se payer les services d'un avocat, ni d'un expert...

Je réfléchis un peu. Je me revois postuler la première fois pour devenir expert judiciaire, il y a 18 ans. Je pensais que l'activité était bénévole, que les sachants proposaient leur aide gracieusement à la justice, pour le plaisir de la recherche de la vérité, pour le plaisir d'aider à rendre le monde meilleur. Quand j'ai compris le coût d'une expertise, le prix de l'assurance en responsabilité civile, le coût des logiciels, le temps passé en formation sur les procédures... je suis vite rentré dans le rang.

Et puis, j'ai pris la décision de réaliser gratuitement toutes les expertises judiciaires pénales qui me seraient demandées par les magistrats de mon ressort, ce qui m'a valu la réprobation d'un grand nombre de confrères (le gratuit c'est mal, ça dévalorise l'activité, etc.). Pour les rassurer, je dois avouer qu'en un an, à ma grande surprise, aucun magistrat ne m'a contacté...

Parallèlement aux dossiers où je suis désigné par un magistrat, il y a les dossiers privés (c'est-à-dire où je suis sollicité par l'une des parties). J'ai dans ce cas également choisi de travailler gratuitement à hauteur environ d'un dossier privé sur dix, en ciblant plus particulièrement les clients sans moyen. C'est une question de convictions politiques et philosophiques.

Dans le cas qui se présente, la femme qui m'a contacté est dans une situation particulièrement précaire. J'accepte d'étudier le dossier. Je demande toutes les pièces à l'avocat. Je ne suis pas déçu : le cas est réellement désespéré. Une grande entreprise française a déposé plainte pour fraude informatique contre une de ses salariés. Une enquête a eu lieu, mais biaisée par des incompréhensions techniques, par des a priori malheureux, par un manque de moyens. La machine s'est pourtant mise à écraser des vies.

La Justice se doit d'être rendue objectivement, sans faveur ni parti pris, indépendamment de la puissance ou de la faiblesse des accusés. La cécité est alors la meilleure façon de garantir cette impartialité. C'est la raison du bandeau de lin que l'on met sur les yeux des statues représentant Thémis, la déesse de la Justice.

Mais la justice peut se tromper. C'est le sens des recours. Thémis a parfois le genoux dénudé, car les écrits antiques matérialisaient le genou comme l'attribut corporel de la piété, de la magnanimité et de la clémence du puissant. La Justice se veut réceptive au malheur humain, et cette clémence est alors symbolisée par ce genou dénudé.

C'est la première fois que j'ai dans les mains un dossier où les éléments techniques clament de manière diffuse l'innocence de cette personne injustement condamnée. Comme l'avocat l'a fait avant moi, je me plonge à corps perdu dans le dossier.

Les soirées passent. Les semaines. J'arrête toutes les autres activités, les réseaux sociaux et les billets de blog, tant elles me semblent dérisoires. Je lis les pièces, les notices, les rapports, les conclusions, les réquisitions. Je prend des notes, je mets en évidence les anomalies, les failles, j'essaye de rester factuel. Je me réveille la nuit. Je pense à l'enfer vécu par cette femme accusée à tort. Face à elle, je devrais dire face à nous, la puissance de l'argent, la puissance de l'administration, la puissance du prestige de l'avis des puissants. Mais nous, qu'avons-nous ? Comment prouver l'innocence alors que l'absence de preuve de culpabilité devrait suffire ? Il y a de la passion dans les discussions que j'ai avec son avocat, persuadé comme moi de l'innocence de sa cliente.

Mais la passion se doit d'être absente de la note technique que je rédige. Je rassemble tous les points que j'ai relevés depuis trois mois. Je m'isole dans mon bureau pendant plusieurs jours. Je cherche à retirer temporairement le bandeau des yeux de la Justice pour que celle-ci regarde pleinement les personnes auxquelles s'adressent les règles de droit et agisse en conséquence. Il me faut faire valoir le principe d'équité.

Pour que David puisse vaincre Goliath.
Pour dévoiler le visage et embrasser le genou de Thémis.

L'engagement de l'expert va parfois au delà de sa mission, pourvu qu'il ne s'en brûle pas les ailes.

Alea jacta est.